La fin du tire bouchon

tire-bouchon photo Didier Laget

Cancale. On avait acheté des huitres chez un ostréiculteur au bout de la jeté. On avait du pain, du beurre et une bouteille de Menetou Salon. On s’est assis sur un banc en bois face au port. Entre nous on a posé deux verres à pied, prêtés par l’hôtel où nous dormions. J’ai ouvert la bouteille avec mon tire bouchon. Le Plop! que fit le bouchon quand je le tirais du goulot signala le début des réjouissances gustatives.

Ça fait plusieurs fois que des connaisseurs me disent que le bouchon en liège n’est pas aussi bien que ça, que le bouchon en plastique lui est supérieur et mieux encore que l’avenir est à la capsule, sertie ou vissée. Supérieur en quoi?

La capsule vissée est celle des bouteilles de soda qui rendent obèses. Elle s’adresse aux grosses feignasses qui ne veulent faire aucun effort, on tourne et on boit, on tourne et on boit, on tourne et on boit. Boire devient un acte goulu de consommateur.

La capsule sertie est celle de la bouteille de bière, elle lui va bien d’ailleurs, le petit coup de poignet avec un decapsuleur et le gaz qui s’échappe du goulot sont le prélude au plaisir de la bière.

Le bouchon.
Si on le remplace par une capsule, on supprime beaucoup de chose. A commencer par le rituel, celui que l’on charge d’ouvrir une bouteille est quelqu’un de confiance. Quand le bouchon est difficile, il va mettre la bouteille entre ses jambes, grimacer, commenter sa résistance, tous les regards sont tournés vers lui, en passant l’index dans la bouche, certain imitent le Plop! de l’ouverture, d’autres propose déjà de l’aider, après le refus du début  » j’vais bien y arriver » il passe la bouteille à la relève. Enfin le bouchon cède, le Plop résonne dans la salle. D’un geste professionnel l’ouvreur passe le bouchon sous son nez et le renifle un court instant. Puis lentement il sert les convives.

La qualité et la taille du bouchon ont une influence sur le vieillissement du vin, sa porosité permet des échanges entre l’alcool est l’air qui influent sur sa conservation, je ne vois pas comment une capsule ou bouchon de plastique étanche peuvent jouer ce rôle.

Le goût de bouchon.
Combien de fois êtes vous tombé sur des vins bouchonnés? Ça m’est arrivé quelques fois, mais finalement pas tant que ça.

Les capsules autorisent une qualité constante d’une bouteille à l’autre.
Est-ce une bonne chose? Le plaisir avec le bon vin commence avant sa dégustation, c’est l’anticipation. Dans la cave on cherche un vin qui accompagnera le repas. La fois d’avant ce vin de tel producteur était superbe, mais un an a passé, comment a-t’il évolué. Si il n’a pas bougé et qu’il est aussi bon tant mieux, où plutôt dommage, car il aurait pu être différent, plus complexe, plus rond. C’est vrai, il s’est peut-être refermé, dommage aussi, mais le risque valait le coup.

Le tire bouchon
De Gaulle, limonadier ou bilame, je trouve l’objet archaique et magnifique, même Et tous ces canifs avec une lame et une vis de tire bouchon.

Vignerons, sommeliers, œnologues, amateurs qui visitaient Oazar, que pensez-vous de tous ça? Je radote?

3 commentaires

  1. J’apprécie le paragraphe sur la capsule vissée.
    Le geste ample et vigoureux qui permet d’enlever le bouchon et le bruit qui en résulte est essentiel pour débuter la dégustation, à mon humble avis.

  2. Le rituel du Plop! nous semble évidemment éternel. Sans parler du tire bouchon…

  3. Messieurs, du haut de mes quelques décennies et surtout en tant que petite fille de viticulteur récoltant vigngeron (pas de vinification par une cave cooprérative), je me permet de vous soummettre mon avis:
    contrairement à la législation en vigueur pour les jeunes enfants, les bouochons en plastique peuvent contenir du Bisphénol A et sont issu du pétrole!
    les capsules sont composées d’aluminium, molécule reconnue active dans le dévellopement des maladies d’Alzeimher et Parkinson,
    le liège et reconnue pour permettre une aération du vin ce qui permet sa « bonnification » et n’est pas sujet au problème d’infestation par les champignons (moisissures diverses),
    Si votre vin est bouchonné, laissez le décanter une à deux heures et il n’en paraitra plus contarairement au gout méttalique de la capsule, au pire utilisez le en cuisson pour du gibier(de la biche par exemple).
    De plus si vous ne voulez pas passer le tire-bouchon à votre voisin, il en existe avec une pièce supplémentaire sur ce dernier qui permet de prendre appui sur le goulot, ainsi vous ne perdrez ni votre honneur, ni votre chemise blanche.
    Bref, Même si vous n’êtes pas oenologue mais que vous partager juste ce plaisir de dégustation, prenez garde, le liège est une valeur sûr, et la mention « r » sur une capsule la pérénité d’un savoir faire ancestral pour le plaisir infini de nos papilles mais aussi de notre odorat, notre vue et notre audition.
    Le « plop » est la finalité et le commencement d’une aventure sensoriel pour chacun de nous.
    Ecoutons-le, anticipons-le, dégustons-le.
    Rouge, rosé ou blanc, avec ou sans bulles d’où qu’il vienne, il ne peut que donner une émotion nouvelle à chacun d’entre nous.
    Sur ce, ce soir j’ouvre une simple bouteille, non millisimée mais vinvifiée simplement et avec l’amour de la terre, du caillou et du soleil.

Répondre à elmer Annuler la réponse.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *